A 36 ans, Aymeric Rey a tout plaqué : sa vie citadine à Lyon, son job d’ingénieur dans l’industrie de la pétrochimie, ses journées cadencées pour créer une ferme en permaculture dans le Lot-et-Garonne. Un changement de braquet radical et une reconversion réussie, pour ce néo-agriculteur. Récit.

En 2018, Aymeric Rey a changé de vie, plaqué son métier et revu toutes ses priorités… Rien que ça ! Un coup de pied dans la fourmillière après 12 ans d’une vie bien remplie, en tant qu’ingénieur dans la pétrochimie, à Lyon. Sur le papier, Aymeric Rey a pourtant « tout pour être heureux » : un job de rêve, une vie bien remplie… Mais dans la réalité, un grain de sable vient gripper inexorablement la jolie mécanique. Sa vie avait-elle vraiment du sens ? « J’en était arrivé à être en conflit avec mes propres valeurs, alors j’ai décidé de tout recommencer à zéro ! » se souvient-il. En quête d’authenticité, le jeune trentenaire plaque tout. Direction : le Lot-et-Garonne, où il passait toutes ses vacances pendant son enfance.

Dans un premier temps, Aymeric Rey s’occupe des ruches que son père exploite en tant qu’apiculteur amateur. Mais très vite, l’ancien ingénieur comprend qu’il manque d’expérience terrain et décide alors de se professionnaliser en présentant un brevet professionnel de reprise d’exploitation agricole (BPREA). Une reconversion totale pour cet ex-ingénieur, qui n’hésite pas à « retourner sur les bancs de l’école » pour se former.

Permaculture, l’autre agriculture

Diplômé en 2019, Aymeric Rey retrousse ses manches, à la recherche d’une ferme arboricole.
Il trouve finalement la perle rare à Condezaygues, près de Fumel. Un vieux corps de ferme à retaper de fond en comble, mais qui offre de beaux projets à venir. Car Aymeric Rey a une feuille de route toute tracée : l’ancien ingénieur veut se reconvertir dans la permaculture. « La permaculture porte un regard durable sur l’agriculture et met en pratique la citation de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! En clair, dans un jardin, chaque déchet a son utilité et chaque plante favorise la santé de tout l’écosystème. Pas de monoculture ni de monotonie florale : la permaculture offre une multitude de techniques et d’approches ! »

Confusion olfactive et plantes de compagnie

Pommes, pêches, abricots, kakis, cerises… Aymeric Rey plante en 2020 son premier hectare de vergers, ponctué de petites haies fruitières (framboisiers, cassis myrtilles…) et de plantes de compagnie, comme la rue, le thym ou le romarin. Chez lui, pas besoin d’engrais ou de pesticides : la nature fait sa part. « Ces plantes ont des vertus naturellement protectrices ou répulsives, explique-t-il. Ce sont des barrières naturelles, qui jouent sur la confusion olfactive. En effet, certaines espèces odorantes perturbent les systèmes neurotransmetteurs des insectes ravageurs. » Autre bon point avec le thym, c’est un médicament naturel contre les acariens qui vivent dans les ruches. Dans une vision de développement durable, Aymeric Rey veille également à une gestion raisonnée de l’eau, en paillant le sol avec du bois issu de la coupe.

Eloge de la patience

Dès sa création, la ferme permacole d’Aymeric Rey a reçu un excellent accueil dans la région. « Il y a une vraie demande sur les marchés locaux, se réjouit Aymeric Rey. On sent une volonté de se tourner vers une agriculture plus durable et qui a du sens. On n’est pas dans une optique de rendement, mais dans l’éloge de la patience, en renouant avec les rythmes de la nature. » Des projets pleins les bottes pour l’année 2021, le jeune agriculteur compte bien planter un deuxième hectare, et doubler son nombre de ruches, passant ainsi de 25 à 50. Il entend également créer un atelier de transformation en vue de valoriser les fruits moches. « Une des idées reçues est de penser qu’un fruit moche perd toutes ses saveurs nutritives. Rien de plus faux ! Alors pour éviter l’énorme gâchis, j’envisage de construire un atelier dans la cave de la ferme, pour fabriquer des confitures, des jus de fruits… »

Miimosa : le financement participatif

Pour ce projet, Aymeric Rey a bénéficié en complément de son prêt bancaire, d’un financement participatif, sur la plateforme Miimosa, dont le Crédit Agricole est partenaire. « Nous l’avons orienté vers cette structure afin qu’il puisse bénéficier de bases solides pour concrétiser son projet, explique Luc Charbonnier, chargé d’affaires. Notre rôle, en tant que partenaire bancaire, est de trouver des solutions sur-mesure pour chaque client, et le dispositif Miimosa nous semblait particulièrement pertinent. Dédié à l’agriculture et à l’alimentation, la plateforme de crowdfunding compte 280 000 membres et a déjà permis le financement de 3 800 projets, pour 40 millions d’euros collectés. » Grâce à ce financement, Aymeric Rey envisage notamment d’installer une cuisine aux normes, avec sols carrelés et murs étanches.

Dans un deuxième temps, Aymeric Rey compte également créer un atelier de séchage, afin de valoriser toutes les plantes et aromates qui viennent protéger le verger, en les transformant en infusion, en huiles essentielles… « N’oublions pas non plus les poules ! conclut-il. Elles sont indispensables pour aérer la terre, la gratter et la débarrasser de ces petits vers : et en plus, elles donnent des œufs. » Quand on vous dit que rien ne se perd !

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