Yves Parlier – BEYOND THE SEA (Arcachon, 33) //

L’ancien navigateur Yves Parlier, vainqueur de la Solitaire du Figaro, de la Route du Rhum et de la Transat Jacques Vabre, n’a jamais oublié la mer. Dans son atelier à Arcachon, il a fondé Beyond the Sea, une startup spécialisée dans la traction par kites de navires de toutes tailles.

Yves Parlier fait partie de ces gens de mer qui ont « la vague à l’âme » depuis leur plus jeune âge. Cet ancien ingénieur, triple vainqueur de la Solitaire du Figaro, de la route du Rhum et de la Transat Jacques-Vabre a toujours considéré la mer comme son vaste terrain de jeu. Un laboratoire à ciel ouvert, où il peut tester ses inventions « en immersion totale ».

Aujourd’hui retiré du monde de la compétition, cet acteur engagé dans la transition énergétique et le développement durable a fondé « Beyond the Sea ». Une startup qui conçoit des ailes de kite nouvelle génération, pour propulser les bateaux en utilisant l’énergie éolienne. Un projet « dans le vent », puisque l’Organisation Maritime Internationale (OMI) a récemment adopté un texte proposant de réduire les émissions de CO2 des navires de 50 % d’ici à 2050. « Dès 1992, lors de mes premières compétitions, j’ai utilisé des kites pour réduire l’effet de chavirement et augmenter ma surface de voilure, confie le navigateur. J’en avais même installé un sur mon radeau de secours, lors de mon premier Vendée Globe ! »

Le kite, pour propulser les navires

Le bateau, la voile, le vent… Si ce triptyque a toujours guidé les pas d’Yves Parlier,  Beyond the Sea, vient concrétiser cette triple passion. Avec un objectif majeur : utiliser la force du vent pour décarboner l’océan. Car pour le coup, il y a urgence. Avec 90 000 navires qui sillonnent le monde chaque année, la mer ressemble à une longue autoroute maritime, avec ses embouteillages et ses mastodontes qui carburent au fioul et génèrent beaucoup de pollution.

« Parmi toutes les solutions que j’ai pu étudier (voiles classiques, turbovoiles, aile rigides…), le kite me semble la plus pertinente et la plus performante, indique Yves Parlier. Peu encombrant, simple à installer et transporter, ce système s’adapte sur n’importe quel bateau. Mais surtout, il permet de réaliser des économies d’échelle en termes de consommation de carburant. » Un poste crucial puisque la marine marchande consomme chaque année 220 milliards de litres de carburant au niveau mondial. Un vrai gouffre.

SeaKite : une aile géante et technologique

Dans son atelier à Arcachon, Yves Parlier et son équipe a déjà conçu le LibertyKite, un modèle (de 10, 20 ou 40 m2) destiné aux plaisanciers et aux bateaux à moteur de 4 à 18 m. « En parallèle, nous planchons actuellement sur le SeaKite, un kite équipé d’un système de pilotage et d’électronique embarqué pour mesurer la force du vent, sa direction… En partenariat avec la CMA-CGM, nous transformons mon ancien hydraplanneur en laboratoire flottant  pour tester des ailes de 100 m2 à 200 m2, capables de tracter d’énormes navires. » Ces kites géants seront Made in France, conçus à partir de cordages fabriqués par la société Cousin Trestec, et d’un tissu technique, le Vectran (Porcher Industries), 5 fois plus résistant que le polyester.

30 ans de partenariat avec le Crédit Agricole

Partenaire du skipper dès 1983, le Crédit Agricole Aquitaine a toujours soutenu les nombreux projets du navigateur, engagé depuis toujours dans l’innovation responsable. « Le Crédit Agricole m’accompagnait déjà dès mon premier tour du monde et plus de 30 ans plus tard, il est toujours à mes côtés pour soutenir le projet SeaKite !  C’est véritablement un partenaire de confiance qui m’a suivi tout le long de ma carrière, dans les bons moments comme dans les plus difficiles. »

Un rorqual pour ami

Des « coups de tabac », des avaries, des déceptions, Yves Parlier en a connu comme tout bon skipper qui brave la mer. Son pire souvenir ? C’était en 1997, lors de la Transat Jacques Vabre avec Eric Tabarly. Au beau milieu de l’océan, un cargo a dégazé, et le catamaran s’est trouvé au cœur d’une marée noire. « J’étais vraiment écoeuré par cette pollution intentionnelle ; je pense que cela n’a fait que renforcer mon engagement pour l’environnement. »

Et son meilleur ? Ses victoires bien sûr : 6 Transatlantiques et la Victoire sur la Solitaire du Figaro, ça ne s’oublie jamais. Mais son meilleur souvenir s’est déroulé lors de son premier tour du monde ; au large des Canaries, Yves Parlier a subi une voie d’eau. A deux doigts de déclarer forfait, le navigateur a trouvé la force de continuer en se liant d’amitié… avec un rorqual ! « Tel un Saint-Bernard des mers, il est venu veiller sur moi pendant 48 h. Il venait respirer à côté du bateau, me regardait travailler sous la coque… j’avais vraiment l’impression d’être en communication avec lui, et par sa seule présence, il m’a soutenu et encouragé. Et j’ai pu repartir ! »

 

 

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