Jean-François Teillac a deux amours : la mer et le phare de Cordouan ! Après une carrière bien remplie au sein d’une imprimerie, il a largué les amarres et repris les navettes « La Bohème » qui assurent les traversées entre le Verdon-sur-Mer et le phare royal. Une vie au fil de l’eau et des marées.

Du haut de ses 68 mètres, le phare de Cordouan surplombe l’histoire de France avec ses 4 siècles d’existence. Classé au titre de monument historique, c’est le plus ancien phare français en mer, encore en activité. Surnommé le Versailles de la Mer par son extravagance, ce phare royal a connu une naissance des plus truculentes. « L’histoire raconte que son architecte, aussi malicieux que fauché, a réussi à convaincre le roi Henri IV pour financer son projet pharaonique, confie Jean-François Teillac, gérant des navettes La Bohème. De culture protestante, il a convaincu le roi de financer son projet en construisant une chapelle à l’intérieur, pour lui témoigner de sa conversion au christianisme ! »

Des gens de mer


Des histoires comme ça, Jean-François Teillac en a plein les bastingages ! Cet ancien commercial a repris en 2016 la compagnie de croisière maritime, qui assure la traversée depuis le Verdon-sur-Mer. Une reconversion qui n’ a rien du coup de tête irraisonné. « Je suis né à Arcachon, et issu d’une longue lignée familiale de gens de mer : mon arrière-grand-père était ostréiculteur, mon grand-père capitaine d’armement, mon père charpentier de marine et mon frère scaphandrier, s’amuse-t-il. En reprenant cette affaire créée il y a 30 ans, je perpétue la tradition ! »

Privatisation et pêche en mer

En saison, ses 3 bateaux (La petite Bohème, La Bohème 2 et la Bohème 3) effectuent quotidiennement les allers-retours, soit plus de 10 000 passagers par an. « Essentiellement des groupes scolaires, des colonies et des seniors en début et fin de saison, et une clientèle plus internationale en été, détaille Jean-François Teillac. Le petit plus ? Il est possible de privatiser la Petite Bohème (12 personnes) pour une sortie à la demande, et le Bohème 3 propose un programme de pêche en mer : du bar, du maquereau ou du maigre, qui curieusement vient se reproduire dans l’estuaire depuis la Mauritanie.

Covid : une sacrée déferlante

Pour vivre de sa passion, Jean-François Teillac a reçu le soutien du Crédit Agricole Aquitaine, banque historique de l’ancien propriétaire. En 2020, il a pu aussi compter sur l’octroi d’un PGE, car bien évidemment, son activité a subi de plein fouet la crise économique, sans aucune visibilité sur l’avenir. « -35 % de chiffre d’affaires, c’est une sacrée déferlante… Avec le confinement, les travaux réparatoires du phare ont été interrompus, et lors de sa réouverture, le 11 juillet, nous devions respecter la jauge de passagers qui limitait l’accès au phare. C’est très frustrant, car nous avons refusé beaucoup de monde… »

Reprendre vite la barre…

En bon marin, Jean-François tient bon en attendant des jours meilleurs. Comme chaque hiver, il a profité de ce temps long pour travailler ses programmes en fonction des marées, mettre en place les plages horaires avec ses confrères. En parallèle, les artisans et mécaniciens ont opéré les diverses interventions techniques sur les bateaux. « C’est une activité qui demande beaucoup de temps et d’entretien car nous sommes soumis à des règles de sécurité très strictes. » Dans quelques semaines, Jean-François Teillac espère « reprendre la barre » en laissant le Covid loin dans son sillage. S’il reste prudent, il garde tout de même le sourire car cette année, son fils rejoint l’aventure au sein de l’équipage ! Et un jour – qui sait ? – il fera peut-être un tour du monde en bateau…

 

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